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Des paiements plus résilients

by WIRED Consulting / 14 min
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Des cyberattaques pilotées par l’IA aux coupures de courant liées aux phénomènes climatiques, les menaces qui pèsent sur nos systèmes de paiement se multiplient. Voici une série d’idées Innovantes visant à protéger l’économie contre les catastrophes et à préserver la continuité des échanges commerciaux.

Le 28 avril 2025, peu après 12h30, l’Espagne et le Portugal ont été plongés dans le noir.

Alors qu’elle a duré jusqu’ à 16h dans certaines régions, une panne générale, la plus sévère en Europe depuis 20 ans, a touché les foyers, les entreprises et les services essentiels dans toute la péninsule Ibérique.1,2 Le système de paiement a été séverement altéré: selon la banque espagnole CaixaBank, les dépenses de consommation des ménages espagnols ont chuté de 34% sous l’effet de la panne.3

« Ce qui s’est passé est un cas d’école de crise rendant les paiements numériques inutilisables », explique Guillaume Nonain, Président de l’ESTA, l’Association européenne des entreprises de gestion des espèces.

La catastrophe a coûté à l’économie espagnole environ 1,6 milliard d’euros, et ce type de scénario pourrait devenir plus fréquent.4 La Banque centrale européenne a averti les banques de la zone euro qu’elles devraient s’attendre à des chocs plus fréquents, sous l’effet des risques géopolitiques, des phénomènes météorologiques à même de compromettre le traitement des paiements et des perturbations technologiques. Elle leur a demandé de se préparer à toute une série d’éventualités, y compris à des crises « presque » impossibles à prévoir.5

Dans ce contexte, les entreprises, les banques centrales et les gouvernements ont changé leur façon d’envisager la résilience systèmes de paiement. Ils ne considèrent plus que la préparation puisse, à elle seule, suffire à les protéger contre les perturbations et cherchent désormais des solutions de secours pour réduire les dommages que ces dérèglements causeront.

La résilience devient une priorité mondiale de plus en plus urgente, elle suscite une vague de réflexions inventives , et de nouvelles idées gagnent du terrain afin de préserver le bon fonctionnement des économies.  

« Ce qui s’est passé est un cas d’école de crise rendant les paiements numériques inutilisables »

Guillaume Nonain

Président de l’ESTA, l’Association européenne des entreprises de gestion des espèces

Le panorama des menaces

Les troubles liés aux paiements se font sentir dans le monde entier. Sans systèmes de paiement qui fonctionnent, il est impossible d’acheter des biens ou des services, les flux de liquidités s’interrompent et la confiance de la population se déteriore rapidement. En cas de crise généralisée, les entreprises sont confrontées à des ruptures des chaînes d’approvisionnement, des services publics, menant, in-fine, à une déstabilisation sociale.

Les vulnérabilités augmentent à mesure que les consommateurs dépendent davantage des paiements numériques (pour leurs transactions). Les pannes d’électricité ne constituent,donc, qu’un type de menace parmi d’autres, dont plusieurs se sont récemment hissées au premier rang des préoccupations.

Cyberattaques 

En 2025, une série de cyberattaques contre des distributeurs britanniques a paralysé des services essentiels à leur activité et affecté leur capacité à fonctionner. Ces attaques ont servi de leçon à l’ensemble du secteur des paiements.6 « Soyons francs : toute personne disposant de ressources financières, quelle qu’en soit l’ampleur, est une cible pour les groupes cybercriminels dont le seul objectif est d’extorquer toute entreprise», déclare Duncan Mackinnon, Directeur exécutif chargé des spécialistes de la supervision des risques à la Banque d’Angleterre. « Les pirates informatiques se soucient peu de savoir si leur cible est une compagnie d’assurance, une banque ou une infrastructure de marché financier. »

L’Europe est la région du monde qui connaît la plus forte augmentation des cyberattaques. Les organisations du secteur des paiements figurent parmi les cibles.7 En avril 2025, par exemple, une attaque par déni de service distribué (DDoS) a visé les centres de données européens d’une importante plateforme de paiement.8 L’hypothèse selon laquelle des cyberattaques pourraient paralyser les paiements à une échelle encore plus grande est loin d’être fantaisiste. Lloyd’s a publié un rapport modélisant l’impact d’une cyberattaque « plausible » contre un important système de paiement du secteur des services financiers, estimant à 3 500 milliards USD les pertes économiques mondiales qui en résulteraient.9

L’IA a exacerbé cette menace. Elle a rendu les cyberattaques plus accessibles aux pirates informatiques les moins expérimentés et démultiplie les capacités des groupes de pirates spécialisés. En septembre 2025, une entreprise spécialisée dans l’IA a annoncé avoir détecté des attaquants utilisant les capacités agentiques de son modèle pour orchestrer ce qu’elle considère être « le premier cas documenté de cyberattaque de grande ampleur menée sans intervention humaine significative ».10 

Risques géopolitiques

En raison de profonds réalignements politiques et de conflits entre États, les risques géopolitiques se sont accrus ces dernières années. Le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque centrale européenne (BCE) ont tous deux fait part de leurs inquiétudes quant aux répercussions sur la stabilité financière, et la géopolitique figure régulièrement parmi les principales préoccupations mentionnées dans les résultats de l’enquête sur les risques systémiques menée par la Banque d’Angleterre.11

En décembre 2025, un câble sous-marin de télécommunication reliant la Finlande à l’Estonie et situé au fond de la mer Baltique a été endommagé.12 Il s’agissait d’un incident parmi d’autres, qui ont fait craindre que la connexion puisse être volontairement coupée pour perturber des services essentiels, comme les paiements. Le FMI a déclaré qu’il était « plus important que jamais » que les pays adoptent des politiques appropriées pour préserver leur résilience. 13

Points de défaillance uniques

 

L’une des principales raisons pour lesquelles les paiements sont si vulnérables aux risques géopolitiques et opérationnels tient au fait qu’ils reposent sur un écosystème interconnecté qui dépend fortement d’un nombre relativement restreint de prestataires.

D’un côté, on trouve les prestataires sur lesquels repose l’infrastructure internet dont dépend désormais une grande partie de l’économie mondiale. En 2024, par exemple, une mise à jour logicielle défectueuse provenant d’une entreprise de cybersécurité a provoqué la plus grande panne informatique de l’histoire. Elle a mis hors service 8,5 millions d’appareils dans le monde, entraîné l’interruption des systèmes de paiement et coûté à elle seule, aux entreprises du classement Fortune 500, une perte estimée à 5,4 milliards de dollars.

D’autre part, on trouve des dépendances spécifiques aux paiements. Prenez les réseaux de cartes, par exemple. Selon le rapport Payment Cards Analytics de GlobalData, en 2025, 42 % de la valeur totale des transactions par carte en Europe a été traitée par Mastercard et Visa. Les cartes sont moins utilisées dans d’autres régions du monde, mais là encore, des dépendances existent. En Inde, par exemple, le système de paiement instantané UPI a connu plusieurs pannes au printemps 2025 en raison de problèmes techniques ayant perturbé un service qui traite près de 18 milliards de transactions par mois. 18

Les solutions

Comment assurer la continuité des paiements en cas de catastrophe ?

La préparation opérationnelle est une nécessité fondamentale. « La question n’est pas de savoir si le pire va arriver, mais plutôt quand il va arriver », déclare Josh Pope, Responsable mondial des opérations de paiement chez J.P. Morgan. Une planification minutieuse implique de recenser les dépendances, de disposer de stratégies claires de communication interne et externe prêtes à être déployées, et de veiller à ce que chaque employé, dans tous les départements, de la finance à la technologie, en passant par les données, la stratégie et la gestion des risques, considère la résilience comme une priorité absolue. 

Les exercices de simulation de défaillance peuvent y contribuer. Les institutions financières organisent des exercices qui peuvent notamment consister à désactiver l’un de leurs centres bancaires internationaux, à cartographier les conséquences et les solutions de contournement, et à repérer les éventuelles lacunes. Il existe également des exercices de groupe, tels que le SIMEX 24 de la Banque d’Angleterre, au cours desquels les autorités financières britanniques et les entreprises du secteur financier collaborent pour déterminer comment elles réagiraient face à un scénario commun.19

Josh Pope ajoute que J.P. Morgan ne se contente pas uniquement de réaliser ses propres tests afin de s’assurer qu’elle peut résister aux pannes et aux perturbations et maintenir une expérience de paiement fluide pour ses clients. La banque collabore aussi régulièrement avec ses clients, ses partenaires du secteur et les régulateurs pour mener des simulations, tester les processus et mettre en place des pratiques de résilience au bénéfice de l’ensemble du système.

Toutefois, la préparation opérationnelle dépend également en grande partie de la conception du système de paiement lui-même. Disposer de plusieurs infrastructures de paiement assurant une redondance mutuelle est considérée comme une bonne pratique, tout comme le recours à des technologies réparties sur zones géographiques différentes.

« Il y a toutefois toujours un risque que ces incidents surviennent et perturbent même les systèmes les mieux conçus », explique Majid Malaika, Responsable de la transformation numérique au Fonds Monétaire International. Une panne prolongée causée par une guerre, par exemple, peut s’avérer bien plus difficile à gérer pour un système de paiement. « Les régions en proie à des conflits souffrent également de coupures d’électricité et de perturbations des réseaux. »

C’est pourquoi il est nécessaire de trouver des solutions capables de fonctionner même lorsque le réseau est défaillant. En voici quatre...

1.Le cash commande

Imaginez qu’un consommateur tente de régler ses courses avec un portefeuille numérique (Wallet), mais que le terminal de paiement affiche une erreur. Ni sa carte physique ou son application bancaire ne pourront résoudre son problème. Il est impossible de savoir si le problème vient de son compte ou s’il est plus généralisé. Sa seule alternative consiste alors, à espérer, avoir de l’argent liquide sur lui.

En 2025, les consommateurs français ont été confrontés à cette situation précise lorsque des supermarchés ont subi pendant plusieurs heures une panne du réseau de cartes affectant les terminaux de paiement.20 Les clients qui n’avaient pas suffisamment d’argent liquide sur eux ont dû abandonner leurs achats.

L’argent liquide reste la solution de secours idéale lorsque les autres moyens de paiement ne fonctionnent plus. Il tient dans la poche et conserve une valeur reconnue qui ne disparaît pas lorsque les appareils ne fonctionnent plus. Dans certains pays, comme le Liban, une crise financière a conduit à une économie reposant en grande partie sur les espèces.21 Toutefois et dans l’ensemble, le monde se numérise et l’utilisation de l’argent liquide est en baisse.22

Les entreprises en contact direct avec des clients (commerçants par exemple) considéraient les frais de transaction par carte comme un coût qui les incitait à préférer les espèces. Cependant cette préférence s’est complètement inversée ces dernières années, à travers l’Europe, les entreprises commencent à ne plus accepter les transactions en espèces, car elles jugent la gestion de l’argent liquide inutilement coûteuse. Certaines entreprises britanniques sont allées encore plus loin en décidant de refuser les paiements en espèces.23 Au Japon, où les espèces ont longtemps été privilégiées, les paiements hors espèces représentaient, déjà, 58 % des dépenses totales des consommateurs en 2025, soit 162 700 milliards de yens.24

La complexité croissante du panorama des menaces pourrait toutefois inverser une nouvelle fois cette tendance. « Si l’on observe, par exemple, la Suède et la Norvège, on constate que ces pays sont allés très loin dans l’élimination des espèces pour les transactions quotidiennes, au point de devenir presque entièrement dépourvus d’argent liquide », explique Guillaume Nonain, de l’ESTA. « Ils font toutefois marche arrière, car ils prennent conscience que cela pourrait entraîner des problèmes majeurs » à cet effet, la Norvège a, par exemple, adopté une loi obligeant les entreprises à accepter les paiements en espèces.25

Certains pays ont mis en place ce que l’on appelle des plans nationaux de résilience des espèces afin de garantir un écosystème de paiement durable en cas de perturbation. L’Estonie en est un bon exemple : elle dispose de 50 à 60 distributeurs automatiques d’urgence équipés de leur propre source d’approvisionnement et capables de continuer à distribuer des billets en cas de panne de courant.

Un argument souvent avancé contre l’utilisation des espèces est leur vulnérabilité physique, elles peuvent être perdues ou endommagées, et leur gestion logistique s’avère complexe. En réponse, Guillaume Nonain met en avant des solutions technologiques telles que la nouvelle génération de « coffres-forts intelligents » que les entreprises peuvent acquérir. Ces dispositifs ne se contentent pas uniquement de stocker les espèces : ils les comptent automatiquement et mettent à jour le solde bancaire de l’entreprise. « Cela rend l’acceptation des paiements en espèces plus sûre, plus pratique et tout aussi simple. »

2.MNBC : une troisième forme de monnaie

Maintenir la circulation des espèces parallèlement aux paiements numériques constitue une stratégie essentielle en matière de résilience. Malaika indique que certaines banques centrales étudient la possibilité d’une monnaie numérique de banque centrale (MNBC) destinée aux particuliers qui puisse servir de « troisième forme de monnaie » et apporter une redondance opérationnelle dans certains scénarios de perturbation.

L’une des principales raisons tient au fait que les MNBC peuvent également être conçues pour fonctionner hors ligne. Plusieurs banques centrales explorent cette possibilité, notamment la Banque centrale européenne avec l’euro numérique. La fonctionnalité hors ligne est possible parce que l’euro numérique est conçu pour reproduire le fonctionnement des espèces : l’argent est stocké sur un téléphone ou une carte intelligente plutôt que détenu sur un compte bancaire. Les paiements peuvent ainsi être effectués sans connexion Internet. Deux appareils peuvent se connecter directement hors ligne et permettre le transfert de fonds. Par la suite, lorsque les appareils sont connectés, des vérifications sont effectuées et les nouveaux soldes sont synchronisés avec l’ensemble de l’écosystème.

Pour Malaika, cette fonctionnalité est essentielle pour garantir la résilience des paiements, en particulier en cas de conflit ou de troubles sociaux. Ces 2 scénarios peuvent endommager physiquement certains éléments du système de paiement ou les rendre inaccessibles, et que les délais de rétablissement ainsi que les possibilités de restauration peuvent être incertains. Les MNBC hors ligne peuvent offrir une solution alternative. « Des perturbations intermittentes peuvent survenir, mais il arrive parfois qu’une panne totale se prolonge pendant très longtemps », explique-t-il. « Une MNBC ou un autre instrument de paiement conçu pour fonctionner hors ligne pourrait alors offrir une certaine protection. »

Dans un rapport du FMI, M. Malaika et ses co-auteurs exposent les réflexions sur la manière dont de tels systèmes, fonctionnant sans connexion internet, pourraient être conçus.27 Il s’agit notamment de prendre en charge plusieurs interfaces d’accès afin de garantir que les fonds restent disponibles même si un ou plusieurs canaux sont compromis, mais aussi d’envisager des mécanismes transfrontaliers pour assurer la continuité des paiements au bénéfice des personnes déplacées par les conflits et des réfugiés.

David Birch, ambassadeur mondial du cabinet de conseil en technologies de paiement Consult Hyperion, affirme que la fonctionnalité hors ligne correspond précisément au type d’utilisation qui justifie la création d’une monnaie numérique de banque centrale. « Si nous considérons les MNBC uniquement comme un moyen d’effectuer des paiements, elles sont à la limite de l’inutilité », explique-t-il. « Mais si nous les envisageons comme un moyen d’atteindre d’autres objectifs, par exemple rendre le système de paiement plus fiable, elles prennent une tout autre dimension. »

Cela ne signifie pas pour autant que c’est une solution miracle. Plus la durée de fonctionnement hors ligne est longue, plus les risques financiers et de sécurité augmentent, en particulier ceux liés à la contrefaçon et à la double dépense. Lorsqu’un paiement est effectué hors ligne, il est déconnecté du registre qui permettrait de vérifier que les fonds sont légitimes et n’ont pas déjà été dépensés. Mais selon M. Malaika, des solutions cryptographiques existent pour résoudre ces problèmes, et tout dépend in fine de la manière dont le système est conçu. « Il ne s’agit pas seulement de concevoir le système, il faut aussi en assurer la maintenance et appliquer des pratiques de sécurité particulièrement rigoureuses. C’est cet ensemble qui sera déterminant pour garantir la sécurité d’une MNBC. »

3.Paiement par carte hors ligne

En 2024, plusieurs banques finlandaises ont été la cible de campagnes de cyberattaques prolongées et ciblées. La banque centrale finlandaise a décidé d’examiner les mesures supplémentaires qu’elle pourrait prendre pour protéger le système de paiement, une cible attrayante pour les acteurs malveillants cherchant à provoquer des troubles sociaux.28

Les systèmes de paiement par carte hors ligne se sont imposés comme la solution privilégiée. Compte tenu du rôle prépondérant des cartes de crédit et de débit en Finlande, où, selon Tuomas Välimäki, membre du conseil d’administration de la Banque de Finlande, entre 80 et 90 % des paiements en magasin sont effectués avec une carte physique ou un portefeuille numérique, il est logique de mettre l’accent sur la résilience des paiements par carte. Tuomas Välimäki souligne que cette mesure ne serait pas présentée comme une alternative à la détention d’espèces, mais comme un moyen supplémentaire d’améliorer la redondance du système. « Nous pensons également que chaque foyer devrait disposer d’un peu d’argent liquide pour faire face aux imprévus », indique-t-il.

Le projet est développé en collaboration avec la Suède, la Norvège, le Danemark et l’Estonie, et fait actuellement l’objet d’une phase de consultation avec les banques, les commerçants et les associations de défense des consommateurs.29 Cela permettrait aux consommateurs d’utiliser leurs cartes physiques comme d’habitude en cas de panne. Les transactions seraient approuvées en principe, mais leur vérification serait reportée jusqu’à ce que le système soit de nouveau opérationnel.

D’un point de vue technique, cette technologie n’a rien de nouveau, explique Tuomas Välimäki. Elle est comparable à celle utilisée à bord des avions pour les transactions en vol, les terminaux de paiement traitant alors toutes les opérations après l’atterrissage. Le principal défi ne consiste donc pas tant à déployer cette solution à grande échelle qu’à s’assurer que les commerçants sur le terrain l’ont testée et savent qu’elle fonctionne.

Le principal débat qui subsiste porte sur le risque. Que se passe-t-il si une transaction est refusée longtemps après qu’un client a acquis des biens ou bénéficié d’un service ? Si les fonds ne peuvent être récupérés, qui assume la perte : l’émetteur de la carte, la banque ou le commerçant ? D’après T. Välimäki, « cela justifie le besoin d’une approche coordonnée ».

« entre 80 et 90 % des paiements en magasin sont effectués avec une carte physique ou un portefeuille numérique »

Tuomas Välimäki

membre du conseil d’administration de la Banque de Finlande

4.Réduire les dépendances

Un changement est en train de s’opérer en Europe. L’EPI, European Payments Initiative, soutenue par 16 banques et prestataires de services de paiement européens, a lancé en 2024 un portefeuille numérique et une plateforme de paiements de compte à compte (account-to-account, A2A) appelée Wero.30 L’Inde dispose d’UPI et le Brésil de Pix. L’ambition est de faire de Wero la réponse européenne, en reconfigurant en profondeur l’écosystème des paiements du continent grâce à une expérience de paiement A2A standardisée.

La mise en place d’un système A2A au niveau national ne se justifie pas seulement par la simplicité d’utilisation et l’efficacité, mais aussi par la nécessité d’assurer la résilience. D’une part, il s’agit d’augmenter le nombre d’infrastructures disponibles afin d’améliorer la redondance. D’autre part, il s’agit de renforcer l’autonomie en évitant de dépendre d’infrastructures de paiement, qu’il s’agisse de réseaux de cartes ou de portefeuilles numériques, dont le siège se trouve dans d’autres régions du monde.

Les systèmes A2A peuvent également être conçus pour fonctionner même lorsque la connexion Internet est interrompue ou instable. David Birch cite l’exemple des outils de paiement instantané en Afrique, qui sont adaptés pour fonctionner par SMS ou Bluetooth et ainsi permettre des transactions sur des téléphones basiques ou des terminaux hors ligne.

Deux autres technologies existantes pourraient jouer un rôle crucial dans les efforts déployés par chaque pays pour réduire ses dépendances critiques en matière de paiements. La première est SoftPOS (Software Point of Sale), qui transforme un smartphone ou une tablette en terminal de paiement sans contact sans nécessiter de périphériques supplémentaires. Cela signifie que tout commerçant disposant d’un appareil fonctionnel peut continuer à accepter des paiements, même en cas de panne de courant ou de dysfonctionnement du terminal de carte. « Les commerçants ont probablement tous un smartphone, il suffit donc d’utiliser une application pour recevoir le paiement » explique D. Birch.

La deuxième technologie est la connexion internet par satellite. Le marché des constellations de satellites offrant un accès à Internet haut débit et à faible latence est en pleine expansion. Selon une estimation, il devrait atteindre 20 milliards USD d’ici 2030. La connexion Internet par satellite peut renforcer la résilience en offrant un autre moyen d’accéder à Internet et donc d’effectuer des paiements lorsque des câbles terrestres ou sous-marins sont endommagés.

Le dernier maillon de la résilience des paiements

Malgré toutes les discussions consacrées aux systèmes A2A nationaux et aux politiques publiques, la résilience se joue, en pratique, à une échelle beaucoup plus réduite. Le véritable test intervient au moment du paiement : l’entreprise est-elle en capacité d’accepter le paiement de ce client ce jour-là ?

C’est pourquoi les entreprises elles-mêmes peuvent être considérées comme le « dernier maillon » de la résilience des paiements. L’argent liquide ne sert à rien si la personne derrière la caisse n’a pas les moyens de l’accepter, et les cartes hors ligne sont inutiles si l’entreprise ne maîtrise pas la technologie.

Il incombe avant tout aux membres de la direction, de la finance à la technologie en passant par les opérations, d’ancrer une culture de la résilience au sein de l’entreprise, de mettre en place des politiques claires, de former le personnel et de tester régulièrement les mesures d’urgence. Chacun doit savoir comment réagir non seulement en cas de panne généralisée, mais aussi en cas de panne plus localisée. Au final, l’objectif est d’être prêt, et non d’éliminer totalement le risque. Même les entreprises les mieux préparées peuvent être soudainement confrontées à une interruption de paiement qui les empêche de servir leurs clients, de rémunérer leurs employés ou de gérer efficacement leur chaîne d’approvisionnement.

Josh Pope déclare : « Nous savons que des incidents finiront par se produire pendant la nuit. Il y aura des perturbations, qu’elles soient d’ordre géopolitique, climatique, technologique, ou qu’elles résultent d’attaques menées par des pirates. Il faut être prêt en permanence, à chaque heure, chaque minute, chaque seconde, afin de pouvoir réagir efficacement lorsque cette perturbation surviendra, en s’appuyant sur des procédures répétées encore et encore. »

« Il faut être prêt en permanence, à chaque heure, chaque minute, chaque seconde, afin de pouvoir réagir efficacement lorsque cette perturbation surviendra, en s’appuyant sur des procédures répétées encore et encore »
Marc Parenteau
Josh Pope
Responsable mondial des opérations de paiement chez J.P. Morgan

Josh Pope estime que l’augmentation récente des menaces a effectivement transformé la manière dont les entreprises abordent la gestion des risques. Un nombre croissant de dirigeants, animés par une paranoïa « saine », accordent désormais la priorité à une cartographie des risques plus efficace. « En interne comme en externe, notre secteur progresse considérablement sur la courbe de maturité en matière de résilience. »

Un conseil important pour toute entreprise qui élabore sa stratégie est d’accorder une attention particulière à la communication. En cas de perturbation des paiements, il est essentiel de faire preuve d’honnêteté et de transparence envers les clients pour préserver leur confiance, et la communication interne joue un rôle tout aussi crucial. Selon Duncan Mackinnon, « une banque ou une compagnie d’assurance de taille moyenne compte des centaines, voire des milliers d’employés. Cette communication en interne est absolument essentielle, car les gens auront peur. » Josh Pope ajoute qu’il est également indispensable de communiquer avec sa hiérarchie. « Faites preuve de transparence avec votre management sur les domaines d’incertitude ou ceux dans lesquels vous pourriez échouer. Ça ne sert à rien de dire à votre direction que vous réussirez sur tous les fronts. »

Lorsqu’une crise survient, on imagine souvent qu’elle durera éternellement, mais une organisation finira par en sortir. Lorsqu’elle y parvient, la manière dont elle rétablit ses activités est tout aussi importante que la façon dont elle a traversé la perturbation initiale. Si une cyberattaque met hors service ses systèmes de paiement, par exemple, l’entreprise doit adopter de bonnes pratiques en matière de sécurité des données : fournir de nouveaux équipements au personnel lorsque cela est nécessaire et s’assurer que les réseaux internes sont assainis. Si elle est touchée par une panne plus générale qui affecte l’économie à grande échelle, l’objectif est de veiller à ce que, lorsque les infrastructures redeviennent opérationnelles, l’organisation soit en mesure de se reconnecter et de reprendre immédiatement ses activités.

D. Mackinnon conclut que « la capacité de reprise des activités est un point crucial. C’est tout simplement indispensable. »  

https://www.jpmorgan.com/payments/payments-unbound/sources

Illustration: Matt Murphy

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